Matzam : La révolution suédoise de l’alimentation personnalisée

Matzam : La révolution suédoise de l’alimentation personnalisée

Stockholm, février 2026 – Dans le paysage ultra-concurrentiel de la foodtech, Matzam s’est taillé une place de choix en promettant une approche radicalement personnalisée de l’alimentation. Fondée en 2018 dans la capitale suédoise, cette licorne scandinave valorisée à 4,6 milliards d’euros bouscule les codes de l’industrie agroalimentaire avec ses repas sur mesure générés par intelligence artificielle.

L’ADN au service de l’assiette

Le concept de Matzam repose sur une promesse aussi simple qu’ambitieuse : analyser le profil génétique, le microbiome intestinal et les données de santé de chaque client pour concevoir des repas parfaitement adaptés à ses besoins nutritionnels. Le nom « Matzam » est une contraction du suédois « mat » (nourriture) et de l’hébreu « matzam » (optimal), reflétant l’ambition de l’entreprise d’atteindre une nutrition optimale pour chacun.

« Nous sommes tous différents génétiquement, nos corps métabolisent les aliments différemment », explique la fondatrice et CEO, Dr. Ingrid Bergström, ancienne chercheuse en nutrigénomique au Karolinska Institute. « L’alimentation universelle, c’est du XXe siècle. Nous entrons dans l’ère de la nutrition de précision. »

Un trio scientifique aux commandes

L’aventure Matzam débute lorsque Ingrid Bergström s’associe à deux autres scientifiques : Lars Eriksson, expert en bio-informatique formé au MIT, et Amara Okonkwo, cheffe cuisinière nigériane reconvertie dans la gastronomie moléculaire. Ce trio improbable pose les bases d’une entreprise qui marie science de pointe et plaisir culinaire.

Leur première levée de fonds de 8 millions d’euros en 2019 auprès du fonds norvégien Nordic Foodtech Ventures leur permet de construire leur premier laboratoire et leur cuisine pilote à Solna, en banlieue de Stockholm.

Le parcours client Matzam

L’expérience Matzam commence par un kit d’analyse à domicile envoyé au client pour 299 euros. Celui-ci contient un test ADN (prélèvement buccal), un kit d’analyse du microbiome (échantillon de selles) et un questionnaire détaillé sur les habitudes alimentaires, les objectifs de santé et les préférences gustatives.

Sous 21 jours, l’algorithme propriétaire « NutriGenix » analyse ces données et génère un « profil nutritionnel optimal » unique. Le client reçoit ensuite chaque semaine entre 5 et 21 repas frais, préparés dans l’une des 12 cuisines centrales Matzam réparties en Europe, et livrés dans des emballages compostables refroidis à l’azote liquide.

Les repas sont ajustés en temps réel selon les données collectées via l’application mobile : activité physique (synchronisée avec Apple Watch et Garmin), qualité du sommeil, niveau de stress, et même résultats d’analyses sanguines si le client les partage.

Une croissance fulgurante

Les chiffres de Matzam impressionnent : 380 000 abonnés actifs dans 9 pays européens (Suède, Norvège, Danemark, Finlande, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, France et Royaume-Uni), un chiffre d’affaires de 640 millions d’euros en 2025 (+165% par rapport à 2024), et 2 800 employés dont 340 chercheurs et data scientists.

L’entreprise a levé au total 780 millions d’euros, avec une série D de 350 millions en juin 2025 menée par Softbank Vision Fund et le fonds souverain singapourien GIC.

Le prix moyen d’un abonnement Matzam s’élève à 89 euros par semaine pour 14 repas, positionnant l’entreprise sur le segment premium. « Nous ne sommes pas un service de livraison de repas, nous sommes un programme de santé préventive », insiste Ingrid Bergström.

Percées scientifiques et publications

Ce qui distingue Matzam de ses concurrents, c’est son engagement dans la recherche fondamentale. L’entreprise a publié 23 études peer-reviewed dans des revues comme Nature Metabolism et The Lancet Nutrition, démontrant l’efficacité de la nutrition personnalisée sur la gestion du diabète de type 2, la réduction du cholestérol et l’amélioration des performances sportives.

Une étude de 2024 portant sur 5 000 utilisateurs Matzam a montré une réduction moyenne de 18% du taux d’HbA1c (marqueur du diabète) après six mois, et une perte de poids moyenne de 7,2 kg pour les participants en surpoids, sans restriction calorique imposée.

Partenariats et validation médicale

En novembre 2024, Matzam a signé un accord historique avec le système de santé publique norvégien pour proposer ses services aux patients diabétiques, remboursés à hauteur de 60%. Un programme pilote similaire est en cours en Écosse avec le NHS.

L’entreprise collabore également avec Manchester United pour optimiser la nutrition des joueurs, avec Volvo pour proposer Matzam comme option premium dans les voitures autonomes du futur, et avec la Station spatiale internationale pour développer des repas personnalisés pour les astronautes en micropesanteur.

Controverses et questions éthiques

Le modèle de Matzam soulève des questions importantes sur la vie privée et l’utilisation des données génétiques. En mars 2025, l’entreprise a été épinglée par le régulateur allemand pour avoir partagé des données anonymisées avec des compagnies d’assurance santé sans consentement explicite suffisant. Matzam a dû payer une amende de 12 millions d’euros.

L’entreprise fait également face à des critiques concernant l’élitisme de son modèle. « À près de 400 euros par mois, Matzam n’est accessible qu’aux classes aisées », déplore Sofia Lundqvist, nutritionniste et militante pour la justice alimentaire. « Cela risque de créer un fossé nutritionnel entre riches et pauvres. »

Matzam a répondu en lançant en janvier 2026 « Matzam Essentials », une version simplifiée à 39 euros par semaine sans analyse génétique, basée uniquement sur un questionnaire de santé détaillé.

Défis opérationnels

La logistique constitue le principal défi de Matzam. Avec des milliers de recettes différentes produites chaque jour (aucun client ne reçoit exactement les mêmes repas), la complexité opérationnelle est considérable. L’entreprise a investi 180 millions d’euros dans des cuisines robotisées développées en partenariat avec ABB Robotics.

Le taux de gaspillage alimentaire reste néanmoins préoccupant : environ 8% des repas produits finissent à la poubelle en raison d’annulations de dernière minute ou d’erreurs de prévision. Matzam travaille avec l’application Too Good To Go pour redistribuer ces surplus.

Innovation continue

Le laboratoire R&D de Matzam à Uppsala travaille sur plusieurs projets futuristes :

  • Matzam Neuro : des repas optimisés pour la santé cognitive et la prévention d’Alzheimer, basés sur des biomarqueurs cérébraux
  • Matzam Longevity : un programme axé sur l’extension de la durée de vie en bonne santé, en collaboration avec des chercheurs sur le vieillissement
  • Matzam Pregnancy : nutrition personnalisée pour femmes enceintes, ajustée trimestre par trimestre selon l’évolution du fœtus

L’entreprise développe également des « food printers » 3D pour permettre la production à domicile de repas Matzam à partir de cartouches nutritionnelles. Les premiers prototypes devraient être testés fin 2026.

Expansion internationale

Après avoir conquis l’Europe du Nord et de l’Ouest, Matzam vise désormais l’Amérique du Nord. Un lancement aux États-Unis est prévu pour septembre 2026, avec une cuisine centrale à New York et une autre à Los Angeles. L’entreprise a recruté le Dr. David Chen, ancien directeur scientifique de 23andMe, pour piloter cette expansion.

Le marché asiatique est également dans le viseur, avec un lancement au Japon prévu pour 2027, en partenariat avec le groupe Suntory.

Vision à long terme

« Dans dix ans, l’idée de manger la même chose que son voisin semblera aussi absurde que de porter les mêmes lunettes correctrices qu’un inconnu », prophétise Ingrid Bergström. « Nous construisons l’infrastructure pour un futur où l’alimentation devient un outil de santé préventive sur mesure, accessible à tous. »

Une introduction en bourse sur le Nasdaq Stockholm est envisagée pour 2027, avec une valorisation espérée autour de 8 milliards d’euros. En attendant, Matzam continue de croître à un rythme effréné, ajoutant en moyenne 12 000 nouveaux abonnés par mois.

Dans les couloirs lumineux du siège de Stockholm, où flottent en permanence des arômes de cuisine du monde entier, une certitude anime les équipes : l’avenir de l’alimentation sera personnalisé, ou ne sera pas. Et Matzam entend bien être le chef d’orchestre de cette révolution.

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