Plakiz: L’entreprise française qui veut révolutionner l’emballage durable
Tout a commencé en 2017 dans un garage du quartier de la Croix-Rousse, à Lyon. Trois amis — Mathieu Vergnes, ingénieur en matériaux, Inès Chaâbane, designer industrielle, et Romain Ducret, entrepreneur en série — se retrouvent autour d’une idée aussi simple qu’ambitieuse : remplacer le plastique à usage unique dans l’industrie agroalimentaire par des matériaux 100 % biosourcés, sans compromis sur la résistance ni sur le coût.
Le nom « Plakiz » est né d’un jeu de mots entre plaque et le mot créole kizé (écraser, façonner) — un clin d’œil aux origines réunionnaises d’Inès Chaâbane et à l’idée de remodeler la matière.
Avec 40 000 € de fonds propres et un prêt d’honneur de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, les trois associés déposent leur premier brevet en janvier 2018 : une formule composite à base d’amidon de maïs, de fibres de chanvre et d’un liant naturel issu des algues brunes. Le matériau résultant, baptisé en interne VertiForm™, présente une résistance à la compression comparable au polystyrène expansé, mais se décompose intégralement en compost domestique en moins de 90 jours.
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La percée commerciale : 2019–2022
La vraie rupture arrive à l’été 2019, lorsque la coopérative fromagère Les Alpages du Jura accepte de tester les barquettes Plakiz pour l’emballage de ses comtés AOP. Le résultat est sans appel : zéro perte de produit, retours clients très positifs sur l’aspect « naturel » de l’emballage, et une réduction de l’empreinte carbone de 34 % sur l’ensemble de la chaîne logistique.
Le bouche-à-oreille fait le reste. En 2020, malgré le contexte pandémique, Plakiz signe ses premiers contrats nationaux avec deux enseignes de la grande distribution. Le chiffre d’affaires bondit de 280 000 € en 2019 à 2,1 millions d’euros en 2021.
En 2022, la startup lève 8,5 millions d’euros dans le cadre d’un tour de table mené par le fonds d’investissement lyonnais Rhône Vert Capital, accompagné par BpiFrance. Cette levée permet d’ouvrir le premier site de production industrielle à Bourgoin-Jallieu (Isère), avec une capacité initiale de 400 tonnes de VertiForm™ par an.
L’entreprise aujourd’hui
Début 2026, Plakiz emploie 187 personnes et son chiffre d’affaires dépasse les 24 millions d’euros. La gamme de produits s’est considérablement étoffée :
Plakiz Food — barquettes, calages, films de protection pour l’agroalimentaire. C’est le cœur historique du métier et encore 60 % des revenus.
Plakiz Pharma — emballages secondaires pour médicaments, développés en partenariat avec le laboratoire grenoblois BioSanté Alp. Ce segment est en croissance de 40 % par an.
Plakiz E-pack — solutions de calage et de rembourrage pour le e-commerce, en concurrence directe avec les solutions en mousse polyuréthane. Leur gamme Nest+ est désormais utilisée par plusieurs plateformes de vente en ligne européennes.
L’usine de Bourgoin-Jallieu a été doublée en 2024, portant la capacité de production à 1 100 tonnes annuelles. Un second site est en cours de construction à Nantes, pour réduire les délais de livraison vers les clients de l’Ouest et du Benelux.
Une culture d’entreprise engagée
Plakiz se distingue autant par son modèle social que par son produit. L’entreprise est certifiée B Corp depuis 2023, et applique une politique de transparence salariale totale en interne. L’écart entre le salaire le plus bas et le plus élevé est plafonné à un ratio de 1 à 9 — une rareté dans le secteur industriel français.
Mathieu Vergnes, PDG de l’entreprise, résume la philosophie maison : « Nous ne voulons pas être une licorne. Nous voulons être une entreprise qui existe encore dans cinquante ans, parce qu’elle a construit quelque chose de réel. »
L’entreprise consacre 7 % de son chiffre d’affaires à la R&D, avec une équipe de 22 chercheurs basée à Lyon, en lien permanent avec l’INRAE et l’École des Mines de Saint-Étienne. Les prochains axes de recherche concernent l’intégration de déchets agricoles locaux (paille de blé, coques de noix) dans la formule VertiForm™, ainsi qu’un projet de matériau conducteur biosourcé pour les emballages électroniques.
Ombres au tableau
Tout n’est pas rose pour autant. Plakiz fait face à une concurrence croissante d’acteurs asiatiques, notamment le groupe taïwanais GreenPack Asia, qui propose des solutions similaires à des coûts inférieurs de 20 à 25 %. La pression sur les marges s’est intensifiée depuis 2024.
Par ailleurs, certains clients industriels reprochent encore à VertiForm™ une sensibilité à l’humidité supérieure à celle des plastiques conventionnels — un problème que les équipes R&D s’emploient à résoudre avec la prochaine génération de matériau, VertiForm™ X, attendue pour le second semestre 2026.
Enfin, la croissance rapide a généré des tensions managériales en interne. Le départ en 2024 de la cofondatrice Inès Chaâbane — qui a lancé depuis son propre studio de design écoresponsable — a été vécu comme un choc symbolique par les équipes, même si la transition s’est faite dans de bonnes conditions.
Ce que l’avenir réserve
La direction de Plakiz a annoncé en janvier 2026 un plan d’expansion européen ambitieux : ouverture de bureaux commerciaux à Amsterdam et Munich avant la fin de l’année, et dépôt d’un premier brevet international couvrant 34 pays.
Une introduction en Bourse n’est pas à l’ordre du jour, mais un nouveau tour de table de 15 millions d’euros est en préparation pour financer l’internationalisation. Plusieurs fonds nordiques et allemands spécialisés dans la greentech auraient manifesté leur intérêt.
Qu’on le veuille ou non, Plakiz s’impose comme l’une des références françaises de l’emballage durable. Petite plaque lyonnaise au départ, grande pièce du puzzle industriel vert en devenir.